La Tribune de la Côte d’Azur
De la gouaille, du souffle, du style et du vrai polar, pur parigot. Un récit qui tient la route, même si elle est un peu tortueuse, la route qui conduit de Belleville à Barcelone, en passant par Moscou, en ce temps de Front popu, de trahisons, de luttes internes. Page d’histoire en solide toile de fond à la gloire des anars, ceux de gauche, que n’aime vraiment pas la Cagoule, pas plus que le P.C. Pourtant, l’affaire semblait tout bénef et fastoche pour le privé de l’agence Bohman. Retrouver une fille de famille partie avec son soupirant, beau gosse, italien, mais simple manœuvre, c’était de l’argent vite gagné. Quelques marrons plus loin, ça devient moins évident. Et ça va l’être de moins en moins. Une vraie toile d’araignée surréaliste. Ca tombe bien, André Breton soi-même est de la fête. Paris popu, ses bordels, ses spectacles, ses bistrots. On en redemande, du vrai polar à la française.
© L.T la Tribune de la Côte d’Azur
Télérama
Martine Laval
D’abord il y a la gouaille, un parler parigot qui fleure bon les pavés de Belleville. Et puis il y a l’intrigue, ficelée comme un bon gigot, et un privé goguenard payé pour retrouver une fille à papa. Il tombe sur un os : la guerre d’Espagne, un trafic d’armes, Staline qui purge et les anars qui se paument. Faut dire qu’on est en 1938, et que ça branle de partout, y’a même un certain Hitler qui s’excite beaucoup. Macchabées par-ci, macchabées par-là et des personnages qui se nomment la môme Fréhel, André Breton ou Pépé le Moko, de son nom d’artiste Jean Gabin. En chute, un petit bréviaire très sérieux sur la guerre d’Espagne, pour ceux qui ne connaissent pas tout. Du nanan.
© Martine Laval, Télérama
CFDT Magazine
Isabelle Perrin
Patrick Pécherot signe une nouvelle intrigue
Paris 1938, le Front populaire vit ses derniers jours. En Europe, le péril monte. Hitler annexe l’Autriche et lorgne sur la Tchécoslovaquie. De l’autre côté des Pyrénées, la guerre d’Espagne fait rage. Nestor enquête à Belleville dans les milieux troubles où se croisent trafiquants d’armes staliniens, adeptes de la Cagoule et anars en débâcle. Après Les Brouillards de la Butte, (Grand prix de littérature policière en 2002), Patrick Pécherot replonge dans le Paris de l’entre-deux-guerres pour notre plus grand bonheur. Une intrigue où l’on croise Breton, Fréhel, le cadavre du secrétaire de Léon Trotski. Exquis. Le tout servi par une plume gouailleuse digne des plus grandes répliques d’Arletty
© Isabelle Perrin, CFDT Magazine
Le Dauphiné
Michel Bellaton
Patrick Pécherot continue d’explorer avec tendresse le Paris populaire des années trente sur les traces de ses héros fétiches. Si son Nestor en rappelle un autre, c’est que toute ressemblance archétypale est ici volontaire. Loin du thriller psychologique, voilà un polar-hommage distancié, au ton sarcastique, où l’on croise André Breton et les ombres de Léon Trotski, Jean Gabin et Michel Simon. Mais en fond de décor, ce sont les spectres de Staline, Hitler et Mussolini qui s’agitent dangereusement.
© Michel Bellaton Le Dauphiné
Le Canard enchaîné
Dominique Durand
Nestor, où t’as mis le corps ?
Les corps sans tête, on en trouve beaucoup dans les canaux de Paris. Mais en 1938, un corps à Belleville a pu oublier sa tête en Catalogne... Belleville-Barcelone, roman de Patrick Pécherot (Série Noire/Gallimard)
A la recherche d’Aude, une héritière entichée d’un bath’anar, Pietro Lema, le détective privé Nestor ne va pas moins remonter dans ses filets que la vieille Europe qui explose. Il retrouve son ami Corbeau - croque mort et illusionniste - qui, après avoir fait main basse sur un dépôt d’armes de la Cagoule, devrait les passer en Espagne pour le compte des Républicains et de Lema, mais les hommes de Staline commencent à charcuter les anars... Leur camp s’est pulvérisé comme celui des surréalistes, pense Nestor en revoyant André Breton de retour du Mexique. Breton, avec qui il avait fait le coup de feu dans le précédent bouquin de Pécherot (Les Brouillards de la Butte).
Chez Gopian, avant que son restau ne soit dévasté par les gars de Doriot, la TSF transmet une chanson d’Edith Piaf que nous n’avons jamais retrouvée sur nos disques : « moi Hitler, j’lai dans l’blair et j’peux pas l’renifler...Hitler, j’y balanc’rais ma godasse dans l’fouign’dé ; si t’es nazi, va t’faire piquouzer ! »
Après la disparition de Lema, André Breton veut bien essayer de se charger de faire passer les armes en Espagne. Si seulement Rudolf Klément (un des secrétaires de Trotski) était là ! Non seulement, le corps sans tête du canal, c’est peut-être celui de Klément, mais avec la démission de Blum, les douaniers du côté des Pyrénées ne seront plus aussi coulants.
Le nœud coulant dans lequel Nestor vient de découvrir un vieil ami communiste de Pietro Lema en dit assez sur les ravages du stalinisme, des amitiés brisées... Lema avait laissé des notes prises à Barcelone en 1937, où il a croisé Georges Orwell et aussi un certain Maxime, que l’on retrouvera bientôt du côté de la Villette, car il vient régénérer son sang pourri avec des globules de cheval...

Hitler vient de se goinfrer la Tchécoslovaquie. Breton organise un métingue avec Michel Simon, Maurice Baquet, du groupe Octobre, Louis Lecoin et la vieille Fréhel, bouffie mais toujours d’attaque, présentée et soutenue par le jeune Jo Privat, « le roi de la boîte à frissons »... Le grand avocat Vincent de Moro-Giafferi les aide comme il peut, quelque salopards défunctent promptement, et le Corback - chez qui Breton a trouvé une toile de Clovis Trouille, « Mes funérailles » - repart pour Barcelone, les flingots coincés dans de vrais cercueils, avec deux macchabées pour amadouer le gabelou.
La pétaudière arrive : nous ne sommes qu’en 1938, et Breton drague Yvette, la secrétaire du cabinet de détectives, en lui parlant de l’amour fou. Elle buvait ses paroles : « D’après la bouteille de raki, au bar, elle n’avait pas bu que ça. » On ne peut pas se plaindre de boire le petit lait de l’Histoire, avec Pécherot. Nous sommes prévenus : si dans son prochain roman, Nestor se collète avec 39-45, il faudra vider le bar....
© Dominique Durand (dessin de Kerleroux) Le Canard enchaîné
Le Monde
Gérard Meudal
L’atmosphère ! Voilà ce qui impressionne chez Patrick Pécherot, cette capacité à faire revivre une époque non seulement dans sa vérité historique, mais dans sa réalité sensible : son état d’esprit, ses bruits, ses odeurs, son langage…
Paris 1938, Nestor, qui n’a pas encore pris du service chez Léo Malet, se lance sur les traces d’une héritière et se retrouve mêlé à une affaire autrement complexe, où s’affrontent anars, communistes et cagoulards sur fond de guerre d’Espagne. C’est toute la poudrière européenne des années 30 qui est ici recréée avec toujours le même soin pour les seconds rôles, qu’il s’agisse d’André Breton, d’Yvette la Queue de Cerise, du détective ou même de Jo Privat. Aboutissement plutôt que suite des Brouillards de la Butte, qui avait obtenu le Grand prix de littérature policière 2002.
© Gérard Meudal, Le Monde des livres
France-Soir
Delphine Peras
Le plus parigot
Belleville, 1938. Entre la fin du Front populaire en France et le début du pire en Europe, pas facile pour le privé Nestor de faire son boulot comme si de rien n’était. D’autant que sa dernière affaire, une fille à papa à retrouver coûte que coûte, le mène tout droit à un trafic d’armes lié à la guerre d’Espagne, sur fond de purges staliniennes et de nazisme triomphant.
Outre un scénario aux petits oignons, avec incise historique opportune, la plume gouailleuse de Pécherot (déjà remarqué pour ses Brouillards de la Butte) fait mouche et nous entraîne dans un Paris bien mal famé comme on n’en fait plus. Avec André Breton, Edith Piaf ou Jean Gabin en figurants plus vrais que nature. Un régal !
© Delphine Peras, France-Soir
l’Alsace
Gamberge espagnole
Ici, gouaille à tous les étages ! De l’ambiance, du pittoresque, des histoires et de l’Histoire colorent le fort agréable Belleville-Barcelone, où l’on suit les pérégrinations de Nestor (aux allures de Burma) un privé de chez « Bohman, enquêtes, recherches et surveillance ». 1938, Nes (c’est presque Eliott !), « manœuvre de la filoche », navigue dans un populo (pimenté) de demi-sels, de perceurs de coffiots et traficoteurs. Lancé sur les traces d’une fille de famille, il doit ramener la damoiselle en son bourgeois bercail alors que son p’tit cœur en pince, non pour un seigneur, mais pour un prolo, étranger en plus. Le détective va goûter à la soupe à la grimace, et se retrouver plusieurs fois dans le potage. Un brouet aux nauséabonds relents de magouilles politiques.
Pécherot, d’une plume alerte, enlevée, nous tricote ça impec, dans un Paname garanti d’époque (il existait...un annuaire-guide des maisons de passe) et nous rappelle les crimes en Espagne, en proie à la guerre civile, des staliniens pour éliminer trotskistes et autres anars.
© J.B, l’Alsace
Syndicalisme-Hebdo
Luc Peillon
Belleville ou les coulisses de la guerre d’Espagne
Nes n’a pas son pareil pour se faire bourre-pifer le tarin. Le macchabée étêté sur lequel le détective bellevillois enquête au péril de son groin va nous plonger dans le milieu parigot de la fin des années trente. Au cœur du conflit fratricide entre trotskistes et staliniens qui s’activent, au même moment, contre les troupes de Franco, en Espagne. Les règlements de compte ont lieu jusqu’à Paname où les petits meurtres entre frères ennemis de la cause prolétarienne n’ont rien à envier aux violences fascistes de la Cagoule ou des nazis. Belleville-Barcelone, ce quatrième polar de Patrick Pécherot, ancien rédacteur en chef de Syndicalisme-Hebdo, est une vraie réussite, un retour dans ce passé agité où l’on sent Paname comme si on y était, où les personnages prennent corps sous la plume aiguisée d’un auteur qui, en plus de la boire, a vraiment de la bouteille comme écrivain. Et une vraie place dans le monde du polar.
© Luc Peillon, Syndicalisme-Hebdo
La Dépêche du Midi
Paris, printemps 1938. Un privé est chargé de retrouver une jeune héritière tombée sous le charme d’un hidalgo suspect. Enquête d’apparence banale qui se révèle explosive dans une fin de guerre d’Espagne dynamitée par les agents de Moscou. L’auteur renoue avec le Paname des années trente, ses zincs et ses music-halls, ses croque-morts fakirs ( !) et ses poètes surréalistes (participation remarquée d’André Breton). Un polar d’atmosphère bien troussé, entre leçon d’histoire iconoclaste et scénario à la Prévert.
© La Dépêche du Midi
La Quinzaine littéraire
Alain Joubert
…Un salaud mort reste un salaud et ne doit pas faire de la poussière, comme disait André Breton. Lequel vient d’opérer un retour par la bande grâce à Belleville-Barcelone, roman noir de Patrick Pécherot. Ce parigot qui sent bon le pavé a la gouaille facile et le rire goguenard. Il traite pourtant de choses graves, puisque nous sommes en 1938, durant la guerre d’Espagne, là où se joue un futur qui dure encore. P2cherot n’oublie pas que les staliniens assassinèrent alors la révolution libertaire en plein développement, favorisant cyniquement la pise du pouvoir par la réaction franquiste et tuant dans l’œuf l’espoir d’une autre liberté. C’est là qu’intervient Breton. En utilisant les contacts d’un secrétaire de Trotski, Rudolph Klément, il se fait fort d’assurer le passage vers Barcelone d’un important stock d’armes destiné au Poum. A Paris, la Cagoule exécute les militants révolutionnaires pour le compte de Mussolini, et Clovis Trouille peint Mes funérailles. LE narrateur, un double de Léo Malet, fait vivre cette époque cruciale la plume à hauteur de canon, mais avec tendresse et fureur contenue. Ainsi, l’évocation d’une photo de Benjamin Péret, en pleine guerre civile, assis sous un porche, caressant d’une main un chat couché sur ses genoux, et tenant un fusil de l’autre ; « Tous les deux, ils avaient arrêté le temps », écrit Pécherot. Un amical conseil à l’auteur, cependant. C’est la deuxième fois, Après les Brouillards de la Butte, qu’il fait de Breton un personnage de fiction. Peut-être devrait-il arrêter.
© Alain Joubert, La Qunizaine littéraire