Des méduses plein la tête et Ciao Pékin remontent en ligne. Les commander en un clic.">
Des méduses plein la tête et Ciao Pékin, deux des albums BD de Pourquié et Pécherot peuvent de nouveau être commandés. Mais attention, à une seule et unique adresse : la librairie Goscinny, 5 bis rue René Goscinny Paris.
La balade s’impose, mais si vous hésitez devant le 13ème rugissant, si vous en êtes trop loin ou si vous préférez la chaleur de la couette pour passer commande, vous pouvez le faire en ligne. Il suffit de cliquer sur :
Fabien Roussel, Le Progrès :
Combien sont-ils, dans le monde de la bande-dessinée, à se coltiner le réel ? Combien sont-il à livrer une vision du monde, de la société, de la ville tels qu’ils se présentent ? A produire les images et la littérature qui participent à la construction méthodique, parcellaire, fragile, de la mémoire des hommes ? Pas tant que ça, finalement.
Jeff Pourquié et Patrick Pécherot appartiennent à ce clan des scruteurs de réel. Dans leur littérature, le monde est d’autant plus flou que le passé est amnésique. Un flou admirablement traduit par la technique de « couleur directe » mise en œuvre par Jeff Pourquié qui mêle infographie et graphisme traditionnel. Prenez un homme privé d’avenir, tout juste sorti de prison par exemple. Un amnésique sans généalogie qui s’épuise à construire son projet. Et projetez-le dans un fait divers banalement sordide. Tout va alors très vite. L’espace, le temps et la vie s’accélèrent dans une brûlure effrénée. Le présent se consume comme un feu de paille dans une froide torpeur. Ce livre raconte une balade désenchantée, entre humour et polar. Bien plus que cela...Il éclaire au son blafard des lumières de la ville, la lente descente aux enfers d’un homme ordinaire. Et les enfers ont l’étrange météo des pays du nord de la France. Ils en ont la mélancolie éthylique d’un petit bar de quartier. Ils ont l’épaisse rougeur translucide des méduses. Ce livre éclaire de son flou artistique la froide clarté de la ville.
Pascal Ory, Lire :
Nous sommes dans le monde d’Amélie Poulain, son vieux Paris qui disparaît, ses rades un peu crades, ses vieilles mémés un peu déjantées, le héros est un livreur de pizzas, son copain Moussa, balayeur. A ceci près que le livreur est au chômage, le balayeur sans papier, que le pizzaïolo gamberge un peu trop, surtout quand il est sous l’effet de liqueurs et de drogues variées, parmi lesquelles figure le redoutable mélange du kiravi et du champagne. Le plus intéressant n’est pourtant pas dans l’intrigue policière, peu vraisemblable, à la Léo Malet - « autant chercher une anguille dans une boîte de coings » - mais, comme d’habitude, dans la manière dont elle est racontée : du point de vue du livreur, plus imbibé de science-fiction série B que d’alcool frelaté, ce qui le conduit à regretter, fugitivement, quand il n’est pas dans un mauvais pas, de ne pas pouvoir « revenir un chapitre en arrière ». Cette liberté de ton permet aux auteurs de parsemenr leur petite histoire de clins d’œil pour initiés (un acteur de cinéma s’appelle Kouletchov, on aperçoit Belmondo et Jean Seberg tout droit sortis d’A bout de souffle) mais surtout, de se payer le grand luxe de proposer au personnage principal trois fins possibles, conformément au principe du « livre dont vous êtes le héros ». La troisième, la plus vraisemblable est astucieusement la moins réaliste, le livreur au chômage n’ayant plus d’autre solution que de sombrer dans le fantasme extra-terrestre. Comme quoi il ne faut pas se fier au dessin dont l’expressionisme en apparence vite torché pouvait tirer vers la caricature, alors qu’il s’agit d’abord de coller au tableau d’un univers dur aux vaincus de la vie.