D’un pont à l’autre
Série B
« Le ciel gris avait jeté un drap sale sur la cité. Au troisième essai, le scooter a démarré en toussant. A la sortie du périph’, j’ai longé les quais. Une péniche chargée de sable remontait la Seine vers le port de Gennevilliers. Bloqué par un feu rouge, je l’ai regardé s’éloigner. En atteignant la berge, ses remous ont agité les ailes d’un pigeon mort qui flottait entre deux eaux »
P.P. Série B, ed Le Monde
Puteaux
Terminus nuit
« Rue Voltaire, il en était passé, par là, des chourineurs à casquettes et des blanchisseuses aux mains rougies. Les soirs de colère, ça meetinguait dur dans les préaux enfumés. « Huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de sommeil ! » Bien plus tard, c’est un autre trois-huit que rythmeront des cars lourds de diesel et de sommeil brisé. Puteaux-Nanterre, Puteaux-Poissy, en route pour les chaînes ! Citroën et Simca viendront chercher là leur main d’œuvre immigrée. C’est l’époque du Nylon, des télés rondouillardes et des arts ménagers. Les troquets se parfument au thé à la menthe et au raas-el-hanout. Oum Kalsoum chante dans les juke-box. On produit, on équipe, on construit. Mais le progrès oublie le quartier Voltaire. On ne le rénove pas, il tourne insalubre. Dans les cours, les chiottes bouchées, c’est bien pour les ratons. Les sidis, on les stocke. Paumés, pas exigeants, merci la France. »
P.P. Terminus nuit, éd. Gallimard, Série Noire
Courbevoie
Terminus nuit
« Les chantiers gagnent du terrain. Ils ont rasé l’orphelinat. Pendant la Grande Guerre, on y enfermait les fils de tués, morts pour la France, et pour la gloire de galonné gâteux. Des mômes malingres, au crâne rasé, la pèlerine plantée sur le dos comme un corbeau sur un charnier. Une, deux, une, deux, au bout des jambes grêles, les galoches raclent le pavé. Croix de guerre, croix de bois, trois petits tours et puis s’en vont, au son du clairon, bouffer la soupe des pauvres dans de longs réfectoires, froids comme des prisons. »
P.P. Terminus nuit, ed. Gallimard Série Noire
Courbevoie
Arletty
« Courbevoie : patrie des blanchisseuses-repasseuses à l’argot savoureux...Pour un sou, je faisais les commissions du quartier. On trouvait tout, place du Port : un restaurant, « Le faisan doré », datant de Napoléon III. « Le chat botté », chausseur ; le tabac. Je grimpais sur un tabouret pour choisir les Ninas de mon père. Chez le boucher, je me refusais à demander un kilo de pot-au-feu dans la culotte. Je trouvais plus distingué de dire : dans le pantalon. »
Arletty, La Défense,
Courbevoie
Jean Amila
« Là, l’orphelinat, c’était sûrement pas le paradis, mais ç’avait bien l’air d’être un îlot salubre dans ce Courbevoie où les gens crevaient comme des mouches. Devâme rapportait les dernières nouvelles : l’école communale bouclée, la mémère aux zans rétamée, dans les rues, les gens se croisaient de loin, mouchoir sur la bouche, qui puait le phénol ou autre cochonnerie.
C’est ce que je disais au Môme. Est-ce que ce ne serait pas plus simple d’attendre qu’ils crèvent tous ?
L’Australie, le Far west ? Pourquoi faire alors qu’ils allaient être bientôt partout chez eux : Courbevoie, La Garenne, Colombes... »
Jean Amila, Le boucher des Hurlus ed. Gallimard Série Noire.
Courbevoie
Georges Simenon
 Monotype de Françoise Pétrovitch (1999)
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« On ne le suivait pas. Du pont de Neuilly au pont de Courbevoie, sur plus d’un kilomètre de quai, il n’y avait que lui à attendre le lever du jour qui tardait. Il observait les maisons les unes après les autres. A part quelques pavillons sans doute habités ce n’ était que chantiers et usines et l’un de ces chantiers, dans le demi jour, l’intrigua un moment. Par dessus la palissade, il voyait, sous une charpente, d’immenses murailles de toile que parfois un courant d’air gonflait comme les voiles d’un navire. « Location de bâches en tous genres », lut-il sur une plaque émaillée.
Et ils se dit que, si d’aventures il devait se cacher quelque part, il serait au sec roulé dans une de ces bâches où personne ne songerait à le chercher. »
Georges Simenon, le Suspect, ed Presses de la Cîté
Puteaux-Courbevoie
Georges Simenon
« Il ne savait pas au juste où il se trouvait, quelque part dans Courbevoie ou dans Puteaux, car il ne connaissait pas les limites de ces deux communes. Il entra dans un bar et s’enferma dans la cabine téléphonique, appela le petit restaurant de la rue du Mont-Cenis où l’Imprimeur avait l’habitude de prendre ses repas. Ce n’était pas un bistrot comme un autre, en ce sens que tout le monde avait une ardoise et que chacun allait tripoter à sa guise dans la cuisine. On n’y voyait que des phénomènes échappés au Montmartre d’avant-guerre, et l’Imprimeur, qui occupait un atelier au fond de la cour en était un au premier chef, puisqu’il se vantait d’avoir appartenu, gamin, à la bande à Bonnot. »
Georges Simenon, le Suspect, ed Presses de la Cîté
Puteaux
Arletty

« 1904, des émigrés italiens, matelas sur le dos, débarquent à Puteaux. Une famille s’installe dans un hangar, en face de chez nous. Les hommes, ouvriers fondeurs ; mon père leur trouve du travail. Nous partageons cour et quatre heures avec les gosses qui m’apprennent à gratter O sole moi sur leur mandoline. L’un d’eux, Angelo, fils d’anarchiste, est mon premier fan. »
Arletty, La Défense,
Puteaux
Félix Fénéon

« Dans les WC d’un café de Puteaux, un inconnu a laissé une boîte à deux mèches emplie de poudre blanche. »
Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, ed. Mercure de France
Puteaux
Bernard Thomas
Ferré recruta à cette époque deux nouveaux amis : Emile Augain, né le 22 février 1863 à Houdan, un serrurier extrêmement habile à ouvrir les portes et coffres-forts qui vivait à Suresnes avec ses deux soeurs, anarchistes aussi enragées que lui ; Weistermann, un Alsacien, né le 20 juillet 1886 à Richwiller, peintre en bâtiment, marié, heureux en ménage, père de deux petites filles roses et fraîches, faux-monnayeur par devoir, anarchiste par conviction, qui habitait Puteaux, 11 rue Saulnier.
Bernard Thomas : Jacob, (Alexandre Marius, dit Escande, dit Attila, dit Georges, dit Bonnet, dit Féran, dit Trompe la mort, dit Le Voleur) ed.Tchou
Courbevoie
Fréhel sous le pont noir

" Mon père ayant obtenu un emploi d’aiguilleur à Paris, aux Chemins de fer de l’Etat, maman quitta sa place. Ils prirent un petit logement à Courbevoie, rue Gide...Mon père, occupé à son poste n°4 au pot de l’Europe, n’était jamais à la maison. Quant à ma mère, je n’ai pas à la juger. Tout ce que je sais, c’est qu’ j’attendais qu’il pleuve pour me frotter la figure avec la pluie et que je me lavais les pieds dans les ruisseaux de la rue. C’est la rue qui m’a dressée, la rue qui m’a faite telle que je suis, la rue qui m’apprit à chanter. En passant devant les bistrots, les premiers phonographes à manchons m’envoyaient, de leur vox nasillardes, amplifiées par d’énormes pavillons, les refrains à la mode. Je m’arrêtais net, je restais parfois sous une pluie glaciale ou mes petites jupes soulevées par la bourrasque, en extase pendant des heures...A cinq ans, je chantais des les estaminets montée sur ne table. On me donnait des sous. Ma mère ravie de ces profits inattendus, m’envoya chanter jusqu’à des deux-trois heures du matin. Mes sorties nocturnes faisaient doublement son affaire. Car elle avait fait connaissance, une nuit de quatorze juillet qu’on dansait sous le pot de Courbevoie, d’un marin qui venait à la maison chaque fois que mon père était de garde à son poste. ...J’avais beau être précocement avertie, comme tous les enfants de la rue, je n’en étais pas moins une petite fille sujette à toutes les terreurs, aux folles imaginations des petites filles...Il fallait que je descende l’escalier tout noir et j’avais horriblement peur. Je me retenais pour ne pas crier d’épouvante. Je croyais sentir le long de mon visage le frôlement de bêtes immondes, ou bine que j’allai être happée, entraînée, étranglée par quelque monstre embusqué dans l’ombre. Des présence plus réelles ne me rassuraient pas davantage : des locataires rentraient saouls, en butant contre les marches. Je n’osais ni les croiser ni revenir en arrière. Des mains incertaines m’attrapaient par la taille, des souffles avinés cherchaient ma nuque, j’échappais en me laissant glisser sur les marches..."
Fréhel, La complainte de ma vie